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Édito de la présidente Fabienne Cardot

GRrrr… Le Lion de grès rose protège le Grrranit de toute sa hauteur et étend sa patte possessive vers son théâtre, redevenu et demeurant sa scène nationale.

GRrrr… Le Grrranit, en pierre, verre et métal, évoque peu dans ses façades la pierre micacée, mais son esprit de résistance est bien incarné par le nom de ce dur matériau.

Gageons que la saison qui s’ouvre, 20-21, en pleine épreuve mondiale qui nous ôte toutes les formes classiques de spectacle, sera une saison brillante et ferme, surgie d’un projet artistique et territorial ambitieux, porté par une directrice passionnée et une équipe apaisée et renouvelée.

Un projet fidèle à l’ADN des scènes nationales, qui mêle tous les arts, porte haut la création, et dont la tonalité propre vient de deux couleurs bien affirmées : européenne et numérique.

Je songe, en pensant au projet du Grrranit et à nos artistes, à ce conte parabole de mon parrain, le poète surréaliste Philippe Soupault, « Le dragon bleu et le dragon jaune »   (52 Contes, 1953) : sur la soie noire d’un paravent, jaillissent deux traits peints, l’un bleu, l’autre jaune, épures saisissantes de l’artiste en réponse à la commande de l’empereur, et qui, dans l’obscurité de la nuit, dansent, bougent leurs écailles, lancent leur langue de feu et recréent la bête sous les yeux du souverain ; maturation de la création après des années d’ascèse et surgissement de l’œuvre dans la salle obscure, bleu de l’Europe, jaune de l’écran.

Le Grrranit reprend donc son chemin de scène nationale belfortaine, ouverte à ses artistes, à ses publics, aux quartiers et aux bourgs du Territoire, accueille des créateurs résidents, reçoit des troupes venues d’ailleurs qui viennent pour la première fois, modernise ses espaces et ses méthodes, se voue au numérique qui bouge les lignes de la création et défie le virus, et son équipe, autour de la directrice, vous accueille avec précaution et avec fidélité.

Tous les arts seront là, et la Galerrrie du Grrranit, et le café, nouveau partenaire, et tous nos soins pour votre santé et votre plaisir. Retrouvez le chemin des salles du Grrranit !

Et, ensemble, écoutons Giraudoux, grand dramaturge français injustement oublié, dans L’impromptu de Paris, joué pour la première fois en 1937 à L’Athénée par la troupe de Jouvet : « Si tout ce public, les lumières baissées, est maintenant fondu et recueilli dans l’ombre, c’est pour se perdre, pour se donner. Il se laisse remettre en jeu dans l’émotion universelle. Il sent soudain le sourire à un centimètre de ses lèvres, les larmes de ses yeux, l’angoisse de son cœur. Bref, il aime. C’est une heure d’éternité, l’heure théâtrale ! »

Bonne saison à tous, en petites formes, et en grande forme !

Fabienne Cardot Présidente du Grrranit

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